17/10/2014

SENEQUE ET ECOPOP

Qui de plus humain que Sénèque, le philosophe (4-65 av.-J.C.)?

Sa manière de traiter le sujet de l'immigration se lit avec émotion: il évite le terme cru d'invasion et l'appelle la "mobilité humaine d'une population, décidée à franchir les lieux les plus inaccessibles et inconnus, traînant derrière elle, les enfants, les femmes et les vieux parents. Certains, vaincus par la fatigue occuperont la région la plus proche, non par choix, mais parce qu'ils sont trop las. D'autres iront conquérir avec leurs armes un droit sur la terre d'autrui.
On peut trouver d'autres motifs à l'origine de cette mobilité: "fuir les armes ennemies après la destruction de leur ville ou parce qu'ils sont chassé par la guerre civile ou par l'excès de population, ou par une épidémie, par des tremblements de terre ou des catastrophes produites par la nature hostile ou encore attirés par le mirage de terre plus fertiles" (Sénèque, "A ma mère", VII, 3 et 4).

Ainsi le Professeur Antonio Vantini commente ce passage (dans son livre sur Dante sur lequel il travaille et qui permet la diffusion de ce passage).

"Les paroles de Sénèque .... pourraient constituer un objet de réflexion à nous autres spectateurs des événements de Lampedusa.

On pourrait aussi se demander quel serait la face de l'humanité si tous ses membres devaient retourner au lieu de leur origine. Quel spectacle si nous pouvions, accoudés à la fenêtre de l'histoire, observer les peuples du passé et du présent défiler sous nos yeux pour retourner à la maison! A la maison, oui, mais vers quelle partie du globe?"

Commentaires

Bonjour,

Texte intéressant en ce qu'il décrit une problématique aussi ancienne que le monde. Mais la présentation me paraît ambiguë. Certes il ne parle pas d'invasion directement mais: "D'autres iront conquérir avec leurs armes un droit sur la terre d'autrui." Cette description est bien une invasion?

Il ne parle pas du nombre mais pour que les uns occupent la région la plus proche et que les autres ailleurs conquérir plus loin, il sont probablement nombreux. Il manque, de Sénèque, comment s'organise le partage des terres conquises, la distribution de nourriture et de logement, la langue et la culture qui subsiste de la conquête et qui prend le pouvoir politique.

Sur la question finale:

"Quel spectacle si nous pouvions, accoudés à la fenêtre de l'histoire, observer les peuples du passé et du présent défiler sous nos yeux pour retourner à la maison! A la maison, oui, mais vers quelle partie du globe?"

Faut-il les observer retourner chez eux dans leur nombre actuel ou dans le nombre d'origine dans lequel ils ont quitté leur maison? Cela peut changer la donne.

Écrit par : hommelibre | 17/10/2014

Sénèque parle d'invasions successives (comme celles qu'a vécu la Sicile, par exemple) donc, il faudrait lire tous ses textes pour connaître la réponse à vos questions. Je suis tombée sur ce site pour ce qui est de la citation: http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/helvia.htm

Pour le sujet du nombre de personnes retournant à la maison, vous pensez peut-être à "nos" émigrés italiens, espagnols ou turcs, qui sont parfois pris entre deux générations, lorsqu'ils veulent rentrer au pays alors que leurs enfants se sont habitués à nos rivages. Vaste question!
Merci de vos commentaires intéressants.

Écrit par : NIN.À.MAH | 17/10/2014

Je ne peux vous quitter sans parler d'une toute autre chose. Dans le texte mentionné ci-dessous, voici un passage d'une actualité renversante. Ce serait intéressant si certains millionnaires lisaient ces lignes, mais cela ne sera pas!
"Pourquoi entasser richesses sur richesses? Ne songerez-vous jamais à l'exiguïté de vos corps? N'est-ce pas une folie et le dernier terme de l'aberration morale que ces vastes désirs avec des besoins si bornés? Enflez vos revenus, reculez vos limites, vos estomacs n'y gagneront rien en capacité."

Écrit par : NIN.À.MAH | 17/10/2014

Bon texte, ce dernier, en effet... !

Écrit par : hommelibre | 17/10/2014

Partagez encore ceci qui me vient du texte de Christiane Singer dans son livre, Derniers fragments d'un long voyage (2007).
"Mon plus grand bonheur eût été à l'occasion de ce prix (Prix de la langue française) de partager avec les jeunes immigrés en France l'expérience que j'avais faite enfant*....."Ne cherche pas une nouvelle patrie dans l'espace, elle est dans la langue. Contre toute attente et toute espérance, un immense patrimoine t'attends sous scellés"

*une vingtaine de mots lus à haute voix par l'institutrice - il s'agissait du début d'une fable de La Fontaine.

Écrit par : NIN.À.MAH | 17/10/2014

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