10/10/2012

LE BUG/LE BOGUE

C’est d'abord l’histoire d'une femme remarquable: Grace Hopper (9 décembre 1906 – 1er janvier 1992).

Titulaire d'une maîtrise et d'un doctorat en mathématiques (en 1934) de l'Université de Yale, sa carrière peu banale lui a valu des surnoms tels que "Grandma Cobol" ou "the Grand Lady of Software" et plus irrévérencieux "la sauterelle", en raison de son nom (grasshopper).

En 1934, elle fut nommée docteur en mathématiques à l’université de Yale et y enseigna les mathématiques. Puis en 1943 à la suite de l’attaque surprise des Japonais sur Pearl Harbor elle s’engagea dans la Marine américaine.

Elle travailla sur les ordinateurs à relais électromagnétiques de la Navy de la série Mark, Mark II et Mark III. Une panne sur le Mark II en 1945 fut produite par un papillon nocturne ou plutôt une mite pris dans un relais et en ayant empêché sa fermeture. L’insecte (bug en Anglais) fut enlevé avec soin et placé dans le journal de bord de l’ordinateur. Cette première anomalie a popularisé l’expression bug ou bogue pour représenter les erreurs dans un programme.

Malgré tout l’intérêt de l’anecdote, il est reconnu que l’expression bug pour décrire une panne ou un défaut de fonctionnement d’un appareil électrique date d’au moins avant les années 1870. Thomas Edison, entre autres, utilisait le mot dans ses notes, probablement au moment de la mise au point du télégraphe. Si l'origine précise du mot est donc incertaine, le rapprochement avec les dysfonctionnements dus à la présence d'un insecte dans le système semble évident.

Le rapport de Grace Hopper se concluait ainsi : "First actual case of bug being found" "c'est le premier cas 'véritable, concret' de bug à avoir été trouvé." Il s'agissait donc d'une remarque ironique, attestant au passage que le sens du mot (bug) était déjà utilisé au figuré pour les pannes et là que de plus le bug avait été provoqué par un bug.

On trouvera dans le dictionnaire Hawkin's New Catéchism of Electricity de 1896 la définition suivante : "le terme bug est utilisé pour désigner tout problème ou erreur dans le fonctionnement d'un appareil électrique."

Une autre explication est alors proposée : aux débuts du télégraphe un des appareils d'émission en morse - avait un scarabée dessiné sur le manipulateur et était d'un maniement délicat. Les débutants qui utilisaient l' "insecte" avaient tendance à introduire des perturbations sur la ligne. Mais ce n’est toujours pas la bonne explication.

Le terme anglais bug vient du français « parasite ». En France, c'était le terme utilisé par les électriciens pour les problèmes de lignes utilisé sous la forme « la ligne est parasitée ». Les parasites sont des insectes qui vivent à nos dépends, puces, punaises etc. Adapté en anglais il est devenu bug et nous est revenu sous sa forme francisée de « bogue ».

La France avait adopté le féminin pour ce mot : une bogue comme pour la bogue de la châtaigne, son enveloppe piquante mais l’Office québécois de la langue française (OQLF) prônait depuis longtemps l’emploi du genre masculin qui finalement l’emporta. Le terme français a été popularisé avec le fameux bogue de l'an 2000 qui, sans avoir entraîné de dysfonctionnement visible majeur, a nécessité beaucoup de travaux de modification des systèmes d'informations dans les années qui ont précédées l’an 2000. Il fut évité magistralement. Les bogues ont des effets qui varient grandement. Quelques-uns peuvent demeurer inconnus pendant longtemps s’ils sont situés dans une procédure rarement utilisée. Quand ils sont déclenchés ils peuvent provoquer un simple incident mineur ou parfois arrêter le logiciel voire rendre instable ou bloquer le système d’exploitation.

Un des bogues les plus spectaculaires connu est celui de la fusée européenne Ariane 5.
Quelques instants après le décollage, elle dut être détruite à cause d'un dysfonctionnement de l'ordinateur de guidage embarqué. Dans ce cas, le terme "bogue" est impropre : en effet, "l'erreur" ne venait pas d’un programme mais a consisté à reprendre à l'identique l'ordinateur et le logiciel utilisé sur Ariane 4 pour la gestion des centrales inertielles de guidage. Ariane 5 étant plus rapide qu'Ariane 4, l’ordinateur a été saturé et a perdu le contrôle. Ceci a coûté plus d'un milliard d’euros.


La sonde de Vénus Mariner 1 fut perdue en 1962 a cause d’un trait d’union oublié dans un programme Fortran. La mission avait coûté plus de 80 millions d’euros. Pour l’écrivain de science fiction Arthur C. Clarke, ce fut le «trait d’union le plus coûteux de l’histoire ».

Biographie de Grace Brewster Murray, épouse Hopper:
Américaine, Docteur en mathématiques et Amirale de l’Armée américaine (New York, 1906 - Arlington, Virginia, 1992), inventrice du premier compilateur. (Le premier traducteur d’un langage humain en langage pour la machine).

Grace Hopper fut une femme extraordinaire. Elle contribua énormément à l’évolution des langages de programmation et à la convivialité des ordinateurs. C’est grâce à elle qu’un ordinateur aujourd’hui comprend l’anglais et que des non-mathématiciens et des entreprises peuvent les utiliser.


En inventant le Basic puis plus tard en l’intégrant dans la programmation des macros Word Excel et autre ainsi qu’en développant Visual Basic Bill Gates n’a fait que reprendre très brillamment il est vrai la vision de Grace Murray Hopper d’un interface homme machine le plus simple possible pour l’homme.


Née à New York le 9 décembre 1906, Grace est l'aînée de trois enfants. Si sa mère lui enseigne l'art de la broderie, du point de croix et du piano, son désir de comprendre comment marchent les objets est intense: elle démonta et remonta entièrement seule son premier réveil matin à sept ans - Elle est encouragé par des parents, qui croient à une éducation épicène (se dit d'un adjectif, nom ou pronom qui a un double genre (masculin et féminin) ou dont la forme ne varie pas avec le genre). L'insouciance de l'enfance est assombrie par la maladie de son père, Walter, agent d'assurances. Mary Campbell Van Horne Murray, craignant devenir veuve avec des enfants encore à charge, se résout à quitter l'état de mère au foyer et à prendre la responsabilité financière de la famille. Elle donnera à Grace l'amour des mathématiques. Son père, quant à lui, l'encouragea à ne jamais se plier à la tradition.

A dix-sept ans, elle entre au Collège de Vassar, université pour les femmes offrant un programme d'éducation équivalent aux prestigieuses universités masculines de l'Ivy League. Elle y fait de brillantes études de mathématiques et de physique. En 1930, elle obtient une maîtrise en mathématiques de l'Université de Yale, qui admet des étudiantes à ses programmes post-grades. Elle rejoint le corps professoral de Vassar en 1931 tout en continuant des études à Yale en vue d'obtenir son doctorat (1934). L'année de sa maîtrise, elle épouse Vincent Foster Hopper, docteur ès lettres (elle divorcera en 1945).

En 1934, elle fut nommée docteur en mathématiques à l’université de Yale où elle y enseignait les mathématiques.

En 1943, l'attaque japonaise sur Pearl Harbor fait basculer sa vie. Elle entre dans la réserve de la Marine et est nommée lieutenante dans l'active. Elle rejoint alors le bureau de développement de l'intelligence artificielle à l'Université d'Harvard. Elle est la première programmatrice du Mark I (premier et très gros ordinateur de la Marine équipé de électromécaniques). Elle devait calculer les coefficients mathématiques du programme de l'ordinateur. Très vite elle le maîtrisa dans tous ses détails. Elle rédigea un manuel de 500 pages sur les principes élémentaires du fonctionnement d’une « machine informatique ».

Après la Seconde Guerre Mondiale, en 1946 Grace Hopper travailla pour Eckert & Mauchly qui conçut les premiers ordinateurs commerciaux. Le premier ordinateur électronique l'UNIVAC, mille fois plus rapide que le Mark I. Déjà la course à la puissance de traitement était lancée. Elle expliqua que la seule manière d’introduire les ordinateurs dans les entreprises consistait à simplifier le langage de programmation pour produire une langue compréhensible par les non-mathématiciens. Sa conviction que les programmes informatiques pourraient être écrits en anglais suscitait à chaque fois la même réponse ironique : « les ordinateurs ne comprennent pas l’anglais ».

Grace s’en tint à sa conviction et développa en 1949 une technique qui traduisait les symboles mathématiques en un code d’instruction binaire, compréhensible par la machine. Elle mit au point pour cela le premier traducteur : A-O qui transformait les instructions symboliques et mnémotechniques proches de l’anglais en code machine. le Langage fut publié par la société Rand en 1957. Trois ans plus tard, avec son équipe elle présenta le programme de compilation B-O. Les bases des langages de programmation modernes étaient jetées.

Le compilateur B-O (qui devint plus tard FLOW-MATIC) fut conçu pour le traitement des tâches s de l’entreprise telles que la facturation et la paie. (Elle rêvait déjà de tenir ses comptes sur ordinateur. «j'ai toujours été incapable de tenir à jour mon carnet de chèques» disait-elle.)

Le langage COBOL
Elle a ensuite dirigé l'équipe de Développement et co-inventé en 1957 le premier langage compilé, chez IBM, COBOL (COmmon -Business-Oriented-Langage). Grace persuada les dirigeants d’entreprise et la Marine américaine d’utiliser Cobol comme langage standard. Le cobol se lit et s’écrit comme un roman, mais il ne supporte aucune faute d’orthographe. L’oubli du point en fin de phrase est le cas le plus fréquent des débutants mais ce « bug » est généralement détecté à la compilation avant la mise en service du programme.

Durant sa carrière, Grace Hopper travailla pour l’université, le secteur privé et l’armée. Elle compta parmi les premiers ingénieurs logiciels et était réputée pour sa personnalité inspirante et son énorme ténacité. Sa contribution aux sciences informatiques fut récompensée par de nombreuses distinctions :
En 1950, elle reçut le titre de « programmeuse senior », une des 10 premières personnes à bénéficier de ce titre. Dans une conférence restée célèbre, Grace Hopper prédit que les logiciels finiront par coûter plus cher que le matériel, ce qui, à cette époque, était difficilement imaginable.

Fait exceptionnel aux É-U, elle a été rappelée en 1967 et maintenue en activité de service dans la Marine pendant 20 ans après la Seconde Guerre Mondiale.
En 1969, elle fut la première à recevoir le prix du « Informaticien m/f de l’année ».
En 1971, une nouvelle récompense annuelle dédiée aux jeunes scientifiques en informatique m/f fut créée à son nom
En 1983, elle fut promue « Commodore » à la Maison blanche avant de devenir, deux ans plus tard, lors de la fusion de cette fonction avec celle d’amiral, « l’Amiral Grace Hopper ».

Grace Hopper prend sa retraite en 1986 à l'âge de quatre-vingt ans !!! mais elle continue en tant que consultante auprès de la Digital Equipment Corporation. Elle a continué à travailler jusqu'à la fin de sa vie, toujours dans l'informatique, notamment à titre de conseil chez Control Data

Jusqu'aux derniers mois de sa vie, elle donne des conférences dans tous les Etats-Unis. Elle est l'invitée de nombreuses émissions de radio où elle encourage systématiquement les jeunes femmes à entrer dans des carrières scientifiques et non traditionnellement féminines. Elle obtient de nombreuses décorations, titres et honneurs, des laboratoires portent son nom ainsi qu'un bâtiment de la Marine Amazing Grace. (Amazing = stupéfiant, prodigieux)

Elle avait rêvé de vivre jusqu'au 31 décembre 1999 mais elle mourut dans son sommeil le premier janvier 1992. Elle est enterrée au cimetière militaire d'Arlington avec tous les honneurs de la Marine.

En 1991, un an avant sa mort, Grace Hopper reçoit la National Medal of Technology "pour les succès de ses travaux pionniers dans le développement de langages de programmation pour ordinateur qui simplifient la technologie informatique et ouvre la porte à un univers d’utilisateur significativement plus grand." A sa mort, Grace espérait que sa biographie, « Grace Hopper, Navy admiral & computer pioneer » encouragerait les filles à faire carrière dans la marine ou dans l’informatique.


Ses citations :

Une mesure exacte vaut l'avis d'un millier d'experts.
Oser et faire. Il est plus facile de demander le pardon après, que la permission avant.

Robert


Plus sur cette remarquable chercheuse:

www.ada-online.org/frada/article.php3?id_article=100
mapage.noos.fr/fholvoet/grace_murray_hopper.htm
homepage.hispeed.ch/theresemoreau/gracemurrayhopper.htm
www.industrie-technologies.com/ingenieurs/affichage.cfm?ID_m=1684022&cd=H&id=nom
www.ada-online.org/frada/rubrique.php3?id_rubrique=77
fr.wikipedia.org/wiki/Grace_Hopper
college-de-vevey.vd.ch/informaticiens/informaticiens1.htm


Source: http://af.pc.free.fr/index.php?rep_c=trucs1&fic_c=bug


18:42 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Remarquable! merci à vous de nous présenter une telle personne

Écrit par : Pierre à feu | 10/10/2012

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