• DIFFÉRENCE

    Quand les Espagnols ou les Portuguais gagnent au football, ils font du bruit. Quand les Italiens gagnent, ils chantent. (Propos recueillis dans le quartier de Rive!)

  • LES DÉS SONT JETÉS

    Voici le communiqué de presse du Conseil d'Etat sur la composition des départements consécutive à l'élection d'un nouveau conseiller d'Etat. Un bon redécoupage. Source: www.ge.ch.

    "Le Conseil d'Etat en fonction et le nouveau conseiller d'Etat élu le 17 juin dernier se sont réunis à trois reprises, afin de décider de la composition des départements et de leur attribution.

    Les échanges ont porté en premier lieu sur la cohérence qu'il convient de donner aux départements en lien avec les politiques publiques et les priorités politiques gouvernementales. Il s'est agi de profiter de l'occasion de l'arrivée d'un nouveau membre du collège gouvernemental pour rééquilibrer et mettre en cohérence l'organisation des départements avec les politiques publiques, afin que l'action déployée puisse l'être de la manière la plus efficace et efficiente.

    C'est pourquoi, par exemple, le suivi de la construction de la ligne ferroviaire Cornavin─Eaux-Vives─Annemasse (CEVA) et de la construction des trams a été regroupé au sein du même département chargé de la mobilité. C'est dans le même souci que l'ensemble des directions chargées de l'environnement ont été également regroupées dans un seul département, ou que les fonctions en lien avec les investissements de l'Etat ont été rattachées au sein du département des finances.

    Ces réorganisations ayant abouti, les discussions ont porté sur l'attribution des départements.

    C'est dans ce cadre que Mme Isabel Rochat a fait part de son souhait de transmettre la concrétisation des réformes actuellement en cours au DSPE. Durant trois ans, avec l'ensemble du Conseil d'Etat, Mme Rochat a engagé des réformes nécessaires dans le domaine de la sécurité, en réorganisant la police et en augmentant ses effectifs, en réorganisant l'office pénitentiaire et en construisant de nouvelles places, et enfin en renforçant la politique de renvoi. Celles-ci en ont fait un département revalorisé.

    La mise en œuvre de ces projets ambitieux pour la sécurité de la population sera assurée par M. Pierre Maudet. Pour sa part, Mme Rochat va s'attacher à défendre d'autres politiques publiques en présidant le département de la solidarité et de l'emploi. Son titulaire actuel, M. François Longchamp, qui a assuré depuis quatre mois l'intérim à la tête du DCTI, reprendra quant à lui la responsabilité du nouveau département de l'urbanisme.

    Au terme de ces échanges, la nouvelle organisation des départements de l'Etat se présente ainsi :

    DEPARTEMENT DES FINANCES (DF) :
    M. David Hiler
    Actuel département des finances (DF)
    + direction générale des investissements [ DCTI]
    DEPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, DE LA CULTURE ET DU SPORT (DIP) :
    M. Charles Beer
    Actuel département de l'instruction publique, de la culture et du sport (DIP)
    DEPARTEMENT DE LA SECURITE (DS) :
    M. Pierre Maudet
    Actuel département de la sécurité, de la police et de l'environnement (DSPE)
    + direction générale des systèmes d'information [ DCTI]
    + service de la sécurité civile [ DIM]
    - direction générale de l'environnement (excepté le service de l'énergie)[ DIME]
    DEPARTEMENT DE L'URBANISME (DU) :
    M. François Longchamp
    Actuel département des constructions et des technologies de l'information (DCTI)
    - direction générale des systèmes d'information [ DS]
    - office du génie civil [ DIME]
    - direction générale des investissements [ DF]
    DEPARTEMENT DE L'INTERIEUR, DE LA MOBILITE ET DE L'ENVIRONNEMENT (DIME) :
    Mme Michèle Künzler
    Actuel département de l'intérieur et de la mobilité (DIM)
    + office du génie civil [ DCTI]
    + direction générale de l'environnement (excepté le service de l'énergie) [DSPE]
    - service de la sécurité civile [ DS]
    DEPARTEMENT DE LA SOLIDARITE ET DE L'EMPLOI (DSE) :
    Mme Isabel Rochat
    Actuel département de la solidarité et de l'emploi (DSE)
    DEPARTEMENT DES AFFAIRES REGIONALES, DE L'ECONOMIE ET DE LA SANTE (DARES) :
    M. Pierre-François Unger
    Actuel département des affaires régionales, de l'économie et de la santé (DARES)
    CHANCELLERIE D'ETAT (CHA) :
    Mme Anja Wyden Guelpa
    Actuelle chancellerie d'Etat (CHA)"

  • L'ARTICHAUT

    On nous informe que ce restaurant est plus qu'excellent, avec un chef qui a dépassé son maître. Bonne découverte!

    L'Artichaut
    Quai du Cheval Blanc 9
    1227 Carouge



    Réservations par téléphone: +41 22 301 90 91

  • TROU DE MÉMOIRE

    Elle était invitée à une soirée très très chic. On l'avait présentée comme une élève brillante de l'Université de Harvard. Mais depuis ce temps-là elle avait tant soit peu oublié son anglais et cherchait ses mots.

    Quand on lui posa une question simple pour laquelle il fallait connaître le nom des constituants d'une basse-cour. Impossible de se souvenir du mot "coq". Impossible de l'utiliser en français, comme le lui avait enseigné un prof. (justement de Harvard!) qui lui avait inculqué que si on oublie un mot dans le cadre d'une interprétation, on peut utiliser un mot étranger, comme cela, au moins une personne de l'assemblée le comprendra. Mais horreur, si elle prononçait ce mot en français dans une société anglaise super-chic, on la regarderait de travers, vu sa signification anglaise argotique...

    Tout cela, en 30 secondes, se passait dans sa tête. En dernier recours, elle utilisa l'élégante périphrase "the father of the chicken", ce qui provoqua l'hilarité de tous et ses joues devinrent..... cramoisies.

    En définitive, peu importe, la couleur du drapeau de Harvard est.... crimson!

  • ET POUR SE CONSOLER....

    ...du peu de résultats de la Conférence de Rio, on peut lire aujourd'hui l'excellent cahier économique du Temps, intitulé: investissements éthiques.

    Mais pourquoi fait-on fi des acteurs de la société civile qui essayent de donner des réponses concrètes ? Impossible de trouver sur internet le texte déposé auprès de Ban Ki Moon par le Sommet des peuples. Il n'en est cité qu'une phrase: "seul le peuple organisé et mobilisé peut libérer le monde du contrôle des corporations et du capital financier."

    En revanche, on peut trouver plein d'articles sur des tortues fossilisées en plein coït, il y a des millions d'années. Il y a de quoi se fâcher grave.

  • TERRASSE D'AUBIGNÉ

    Rire aux larmes, c'est ce qu'on pouvait faire en regardant un petit garçon vêtu d'une marinière qui a dansé hier durant plus plus de deux heures, complètement inspiré, sur la terrasse d'Aubigné au son de la musique Klezmer, dont les accents ne peuvent que vous inciter à vous mouvoir. Plus aujourd'hui de cette musique à réveiller les morts!!

    Le petit prodige a disparu vers minuit.... enfance oblige.

  • SOS PLANETE BLEUE

    Le Congrès brésilien vient de voter un effroyable article du code forestier qui donne carte blanche aux exploitants forestiers et agricoles pour raser d'immenses étendues de forêt vierge en Amazonie. Désormais, seule la présidente Dilma Rousseff peut enterrer cette loi.

    Dilma accueille le plus grand sommet mondial sur l'environnement, et des experts affirment qu'elle ne peut décemment pas être la cheffe d'Etat qui aura signé l'arrêt de mort de la forêt vierge. Elle est déjà confrontée à une pression grandissante des Brésiliens, qui sont 79% à rejeter la loi. Une énorme mobilisation mondiale peut convaincre Dilma d'abandonner cette loi, et non la forêt tropicale.

    Dilma pourrait se décider à tout moment. Persuadons-la d'opposer son veto dès aujourd'hui. Cliquez ci-dessous pour signer la pétition urgente visant à stopper le massacre à la tronçonneuse en Amazonie -- et envoyez-la à vos contacts:

    http://www.avaaz.org/fr/sauvez_rio_sauvez_la_planate/?tta

    Déjà plus de 310000 signatures.....

    LA SOCIETE CIVILE PEUT SAUVER LA PLANETE

  • HEY BABE, CROIS-TU EN L'AU-DELÀ?

    Petite histoire à déguster:

    Deux bébé discutent.
    - Bébé 1 : tu crois à la vie après l’accouchement ?
    -Bébé 2 : Bien sûr. C’est évident que la vie après l’accouchement existe. Nous sommes ici pour devenir forts et nous préparer pour ce qui nous attend.
    - Bébé 1: Pffff... tout ça, c’est insensé. Il n’y a rien après l’accouchement ! A quoi ressemblerait une vie hors du ventre ?
    - Bébé 2 : Eh bien, il y a beaucoup d'histoires à propos de "l'autre côté"... On dit que, là-bas, il y a beaucoup de lumière, beaucoup de joie et d'émotions, des milliers de choses à vivre... Par exemple, il paraît que là-bas on va manger avec notre bouche.
    - Bébé 1 : Mais non! Nous avons notre cordon ombilical qui nous nourrit. Tout le monde le sait. On ne se nourrit pas par la bouche !
    Et, bien sûr, il n’y a jamais eu de revenant de cette autre vie... tout ça, ce sont des histoires de personnes naïves. La vie se termine à l’accouchement.
    - Bébé 2 : Et bien,permets-moi de penser autrement. C'est sûr, je ne sais pas exactement à quoi cette vie après l’accouchement va ressembler, et je ne pourrais rien te prouver. Mais j'aime croire que, dans la vie qui vient, nous verrons notre maman et elle prendra soin de nous.
    Bébé 1 : "Maman" ? Tu veux dire que tu crois en "maman" ??? Ah ! Et où se trouve-t-elle ?
    Bébé 2 : Mais partout, tu vois bien ! Elle est partout, autour de nous ! Nous sommes faits d'elle et grâce à elle, nous vivons. Sans elle, nous ne serions pas là.
    Bébé 1 : C’est absurde ! Je n’ai jamais vu aucune maman donc c’est évident qu’elle n’existe pas.
    Bébé 2 : ça c'est ton point de vue. Car, parfois lorsque tout devient calme, on peut entendre quand elle chante… On peut sentir quand elle caresse notre monde… Je suis certain que notre Vraie vie va commencer après l’accouchement...

  • DONALDS CHINOIS

    Découvrez cette nuée de canards!

    http://preszhh.bluewin.ch/cp/ps/Mail/ExternalURLProxy?t=20d51&d=bluewin.ch&u=1713543963&url=-142696811

  • MAILLONS FAIBLES

    Et si quelqu'un décidait d'engager Madame Torracinta en tant que super-secrétaire générale? Elle aiderait spectaculairement à raffermir les départements dont la charge est définitivement trop lourde.

  • DRONE A UTILISATION PACIFIQUE

    Cela changera la vie de milliers de personnes!

    http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/robotique/d/un-drone-pourrait-recharger-a-distance-des-appareils-electroniques_39402/#xtor=EPR-17-[QUOTIDIENNE]-20120616-[ACTU-un_drone_pourrait_recharger_a_distance_des_appareils_electroniques]

    A noter également, une autre source de drone à caractère utilitaire:

    http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20120409.AFP2852/un-afghan-lance-le-concept-du-drone-pas-cher-et-pacifique.html

  • ENCORE LE REQUIEM

    Le Requiem de Karl Jenkins sera chanté une dernière fois par les Choeurs des Eaux-Vives et de Vernier le samedi 23 juin à 15h30 à la Cathédrale St-Pierre, à l'occasion de la Fête de la Musique.

    Ne manquez pas non plus le concert des grandes orgues du Victoria Hall avec Diego Innocenzi (ancien directeur du Choeur de Vernier)

    Le dimanche 24 juin à 14h00 : Choeur du CERN et l'Ensemble vocal H. Schütz, Gonzalo Martinez, direction ; Diego Innocenzi, orgue
    R. Schumann Missa sacra op. 14


  • DARIUS A FAIT FORT!

    A sa question posée à Aung San Suu Kyi concernant ce qu'elle souhaiterait le plus au monde (peut-être pas formulée comme cela, pardon), elle a répondu avec son charme inné, en français: "le bonheur de mon pays".
    Immense programme mais elle le peut, car pleine de charisme, elle peut soulever des montagnes (celle du Parlement qui l'a ovationnée en était une!!)

  • HOMME DE CONFIANCE

    Cet homme a choisi d'être celui dont les institutions pour personnes âgées ont besoin. Il décrit ci-dessous ce projet d'accompagnateur personnalisé qui nous concerne tous.

    Lire la suite

  • MAIS POURQUOI?

    Nombre de politiciens prétendent que leur prédecesseur a laissé sa place en déliquescence, ou n'a pas compris les besoins des citoyen(nes), ou pire. Ne font-ils pas leur lit de ces critiques uniquement pour augmenter leur estime aux yeux du brave peuple ?

    Il serait plus astucieux de "Faire de grandes entreprises, donner par ses actions de rares exemples", car "c’est ce qui illustre le plus un prince." (Machiavel)

  • FEMMES SCIENTIFIQUES DE L'EPOQUE DE ROUSSEAU

    Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, (1706-1749), était mathématicienne et physicienne. Elle a aussi traduit en français les Principia Mathematica de Newton. Il existait bien des femmes scientifiques à l’époque de Jean-Jacques Rousseau.
    D’autres exemples :
    Laura Bassi (1711-1778) commence à enseigner la physique à l'université de Bologne.
    Maria Gaetana Agnesi (1718-1799) fait paraître son Instituzioni analitiche, ad uso della gioventù italiana, grand ouvrage de synthèse des connaissances mathématiques et qui sera traduit en anglais et en français.

    (extraits de wikipedia et autres encyclopédies en ligne)

  • LA FERME DE L'HÔPITAL

    Lorsque nous étions petits, nous grimpions le Salève par le chemin de la Ferme de l'Hôpital. Nous nous y arrêtions pour une bienvenue limonade et peut-être même plus.... Aujourd'hui, ce restaurant appartient aux fins becs.
    Voici ce qu'on lit sur son site:

    "Comme son nom l'indique, la Ferme de l'Hôpital faisait partie autrefois du patrimoine de l'établissement de soins du canton de Genève, qui, dès 1535, regroupait les 7 hôpitaux de la ville et devenait alors une entreprise autonome à laquelle des mouvements religieux octroyaient certains biens.

    La ferme apparaît dans le livre de compte de l'hôpital en 1674, mentionnant l'achat de vaches, approvisionnement en lait, légumes, œufs... mais les employés s'occupaient plus particulièrement du vignoble ; "les Blancs de Bossey" devinrent très appréciés des palais de l'époque, et quelques années plus tard, ils entreront dans la fabrication du "vin clairet" de Genève. Les vignes disparaîtront vers 1980.

    En 1860, année de l'annexion de la Savoie par la France, l'Hôpital vend la ferme aux époux Besson, fondateurs de l'auberge, qui, après quatre siècles d'existence, porte toujours le même nom."

    En avez-vous goûté la cuisine exquise?

    Peut-être, mais avez-vous songé à ce que ce lieu signifie: la réunion de gourmands suisses et français!

  • TRAIN FONDUE

    Si le temps n'est pas beau, en juin ou en septembre, pourquoi ne pas se faire une petite fondue? Et si l'on trouve que c'est exagéré ou que l'idée est un peu ringarde, alors, allez la goûter dans le Vapeur du Val-de-Travers. Le voyage en vaut la peine et le plaisir de voir d'anciennes locomotives rénovées avec amour par de joyeux amateurs, inénarrable!

    Voici le site qui vous permettra de les voir et de réserver votre prochaine fondue, ou, votre train de noces!

    http://www.vvt.ch

  • "NOUS SOMMES LA SYRIE"

    Cette phrase profonde de Jacob Berger qui accompagnait ce soir son film sur les derniers événements tragiques de la Syrie, poursuit sa route dans notre tête. Voici des extraits d'un texte qu'on pourrait mettre en parallèle avec cette phrase tirée de l'histoire ci-dessous "Buchenwald était en chacun de nous".

    JEREMIE:

    "Le premier homme sur ma route, c'est un vieillard. Et vous ne pouvez vous figurer combien j'en suis heureux.

    Je ne sais pas s'il existe une bénédiction plus grande que la rencontre d'un vieillard véritable, c'est-à-dire joyeux. Elle nous est rarement donnée, car l'âge, ce n'est, hélas, pour la plupart des hommes, que l'addition sourde et dégradante des années physiques. Mais, quand un vieil homme est joyeux, il est si fort qu'il n'a plus même besoin de parler : il vient et il guérit. Celui qui emplit ma mémoire était de cette sorte. Il s'appelait Jérémie Regard.

    Ce n'est pas moi qui lui donne ce nom. C'était le sien. Combien de romanciers voudraient l'avoir inventé ?

    J'ai envie de me faire très modeste, vous savez, au moment où je parle de lui, parce qu’il était très grand et le paraissait si peu.

    Il a fait dans mon existence un passage si court (quelques semaines) que je ne revois plus même son corps. J'aperçois vaguement un homme vigoureux, droit, trapu. Oui, un assez petit homme selon les mesures physiques. Quant au visage, je ne le vois pas. Je crois que je ne me suis jamais posé de question sur ce visage, même autrefois. J'en voyais un autre bien plus réel.

    Je l'ai rencontré en janvier 1944, en pleine guerre, en Allemagne, en camp de concentration, à dix-neuf ans. Il était l'un des six mille Français arrivés à Buchenwald entre le 22 et le 26 janvier. Mais il ne ressemblait à aucun autre. Ici, je dois m'arrêter un instant, parce que j'ai écrit le nom de Buchenwald. Je l'écrirai souvent. Mais ne vous attendez pas à un tableau des horreurs de la déportation. Ces horreurs ont été réelles, elles ne sont pas bonnes à dire. Pour avoir le droit d'en parler, il ne faudrait pas être écrivain mais médecin — et pas seulement médecin des corps. Je me contenterai donc de l'indispensable, des éléments schématiques du spectacle.

    Parfois même je parlerai de la déportation d'une manière scandaleuse pour quelques-uns, je veux dire paradoxale, je dirai à quoi elle fut bonne, je montrerai quelles richesses elle contenait.

    Si je reviens à elle souvent, c'est qu'elle est, juste à l'entrée de ma vie, un grenier comble de peines et de joies, de questions et de réponses. Jérémie, non plus, ne parlait pas des camps de concentration, même quand il y était. Il n'avait pas le regard cloué sur la fumée du crématoire ni sur les douze cents bagnards terrifiés du bloc 57. Il regardait au travers. D'abord, je n'ai pas su qui il était, on me parlait de Socrate.

    Mes voisins, très nombreux, prononçaient ce nom parfaitement inattendu dans le fourmillement de peur et de froid où nous nous agitions. Socrate avait dit… Socrate avait ri… Socrate était là-bas, un peu plus loin, de l'autre côté de cette foule d'hommes à la tête étroitement rasée. Je ne comprenais pas pourquoi tous ces gens appelaient l'un d'eux Socrate en particulier. Mais j'avais envie de ce personnage-là.

    Un jour enfin je l'ai vu, j'ai dû le voir, car, pour être véridique, je n'ai aucun souvenir de la première rencontre.

    Je sais seulement que j'attendais un raisonneur éloquent, un métaphysicien aigu, je ne sais quel philosophe moral triomphant. Ce n'est pas du tout cela que j'ai vu.

    C'était un forgeron simplement, venu d'un petit village au pied du Jura et venu à Buchenwald pour des raisons qui avaient si peu de rapport avec l'essentiel que je ne les ai jamais connues ni demandées.

    Il ne s'appelait pas Socrate, vous le savez déjà, mais Jérémie, et je ne comprenais pas comment ce nom n'avait pas suffi aux copains. Jérémie avait une histoire de forgeron dans un lieu particulier du monde, dans un village de France, et cette histoire, il aimait à la raconter avec de longs sourires. Il la racontait d'une façon très ordinaire, comme tout homme de métier parle de son métier. Et c'est à peine si l'on pouvait voir, çà et là, se dresser une seconde forge, une forge spirituelle.

    Je dis bien « spirituelle ». Pourtant le mot est abîmé par l'usage. Mais, cette fois, il est juste et plein.

    J'entendais Jérémie parler tout à coup d'hommes qui ne venaient pas à sa boutique seulement pour leurs chevaux et leurs charrettes, mais pour eux-mêmes, pour repartir tout ferrés et tout neufs, pour ramener chez eux un peu de la vie qui leur manquait et qu'ils trouvaient surabondante, étincelante et très douce à la forge du père Jérémie.

    En ce temps-là, j'étais étudiant. Je n'avais guère pratiqué ces sortes d'hommes, ils n'emplissent pas les universités. Je croyais que lorsqu'un homme possède la sagesse, il le dit aussitôt, et dit comment et pourquoi et selon quelle filiation de pensée. Surtout, je croyais que, pour être sage, il fallait penser, penser ferme.

    Je restais bouche bée devant Jérémie, parce que, lui, il ne pensait pas. Il racontait des histoires, presque toujours les mêmes, il vous secouait par les épaules, il avait l'air, à travers vous, de s'adresser à des personnes invisibles. Il avait continuellement le nez sur quelque chose d'évident, là sous la main. S'il parlait du contentement d'un voisin au sortir de sa boutique, c'était comme s'il eût parlé d'une verrue, d'une bosse, d'un panaris qui venait d'être ôté. Il constatait les choses morales de ses yeux, comme les physiciens constatent les microbes sous leurs lunettes. Il ne faisait pas la différence. Et, plus je le voyais faire ainsi, plus le poids de l'air diminuait pour moi.

    J'ai rencontré des êtres surprenants, des êtres pathétiques et dont l'éclat des gestes et des paroles était tel qu'on était contraint, en leur présence, de baisser les yeux. Jérémie n'était pas surprenant. Oh ! Pas le moins du monde ! Il n'était pas là pour nous troubler.

    Ce n'était pas la curiosité qui me jetait vers lui. J'avais besoin de lui comme un homme qui meurt de soif a besoin d'eau. Comme toutes les choses importantes, celle-là était élémentaire. Je vois Jérémie marchant à travers notre baraque. Il y avait un espace qui se formait entre lui et nous, matériellement. Il s'arrêtait quelque part et, tout de suite, des hommes se serraient davantage, lui donnaient une petite place, au milieu d'eux. C'était un mouvement tout instinctif et qu'on ne peut pas expliquer par le seul respect. Nous reculions plutôt comme on fait un pas en arrière pour laisser la place à celui qui travaille.

    Songez que nous étions plus de mille hommes dans cette écurie de campagne, mille hommes là où quatre cents eussent été mal à l'aise. Songez que nous avions tous peur, profondément et immédiatement. Ne pensez pas à nous comme à des individus, mais comme à une glu, comme à une masse protoplasmique. En fait, nous étions collés les uns contre les autres. Les seuls mouvements que nous faisions consistaient à pousser, à s'agripper, à se déprendre, à sinuer. Et vous comprendrez mieux la merveille (pour ne pas dire le miracle) de cette petite distance, de ce cercle d'espace dont Jérémie restait entouré.

    Il n'était pas effrayant, il n'était pas austère, il n'était pas même éloquent. Mais il était là, et cela se voyait. Cela se sentait comme on sent une main se poser sur l'épaule, une main qui rappelle, qui fait se retourner quand on était en train de fuir.

    Chaque fois qu'il paraissait, l'air devenait respirable : je recevais un souffle de vie en pleine figure. Ce n'était peut-être pas un miracle, mais c'était du moins une bien grande action et dont il était seul capable. La promenade de Jérémie à travers le bloc, c'était cela : une respiration.

    Je suis distinctement dans ma mémoire le chemin de lumière et de propreté qu'il faisait à travers la foule.

    Je n'ai pas compris alors qui il était, mais certainement je l’ai vu. Et cette image s'est mise aussitôt à travailler à l'intérieur de moi au point de m'éclairer aujourd'hui comme un phare. Je n'ai pas su qui il était, parce qu'il ne le disait pas.

    (......)

    Faut-il s'excuser d'employer tant d'images qui se rapportent à des actes simples : à la nourriture, à la respiration. Si j'étais tenté de le faire, Jérémie me le défendrait. Il savait trop bien qu'on ne vit pas d'idées.

    C'était un homme vraiment manuel. Il savait qu'à Buchenwald nous ne vivrions pas des idées que nous avions sur Buchenwald. Cela, il le disait ; il disait même que beaucoup d'entre nous en mourraient. Hélas, il ne se trompait pas. J'ai connu là-bas des hommes qui sont morts parce qu'on les a tués. Pour eux, il n'y a que la prière. Mais j'en ai connu beaucoup aussi qui sont morts, très vite, comme des mouches, simplement parce qu'ils s'étaient crus en enfer. Simplement, oui. C'était alors que Jérémie prenait la parole.

    Il fallait un homme aussi simple, aussi clair, aussi parvenu au fond de la réalité que lui pour voir le feu et au-delà du feu. Il fallait plus que l'espérance.

    Il fallait voir.

    Le bonhomme Jérémie voyait. Il avait un spectacle dans les yeux, mais ce n'était pas celui que nous avions, nous. Ce n'était pas notre Buchenwald, celui des victimes. Ce n'était pas un bagne, c'est-à-dire un lieu de faim, de coups, de mort, de protestation, où d'autres hommes, les méchants, avaient commis le crime de nous mettre. Pour lui, il n'y avait pas nous, les innocents, et l'Autre, le grand autre anonyme à la voix de tenaille et de fouet, le « salaud ». Comment le savais-je ? Vous êtes en droit de vous le demander : après tout, Jérémie ne disait presque rien. Eh bien, c'est sans doute qu'il existe chez certains êtres, qu'il existait chez lui, une rectitude et plénitude si parfaite de la vue que cette vue, la leur, se communique, vous est donnée pour un instant au moins. Et le silence est alors plus juste, plus exact que toutes les paroles.

    Lorsque Jérémie venait à nous à travers le bloc 57, au milieu de sa petite auréole d'espace, c'était de la clarté qu'il donnait. C'était un surcroît de vue, une nouvelle vue. Et c'est pourquoi nous nous écartions tous d'un pas.

    Surtout, n'allez pas vous imaginer que le père Jérémie nous consolait. Au point où nous étions, les consolations eussent valu ce que vaut une romance, un méchant conte de nourrice. Nous n'étions pas au pays de cocagne et, si nous avions été assez fous pour le croire une seule seconde, le réveil eût été amer. Jérémie parlait dur, voyait dur. Mais il le faisait doucement.

    Pas trace d'onction chez lui. Il avait la voix ronde, les gestes méticuleux et progressifs, mais c'était habitude de métier, naturel tranquille. C'était un bonhomme, je vous dis, pas un prophète.

    Jérémie était si peu un prophète, il faisait si peu de tapage que je ne sais pas combien, parmi la dizaine d'hommes qui ont survécu à ces jours de l'hiver 1944, dans la baraque 57, se le rappellent aujourd'hui. Je voudrais tant ne pas être le seul.

    Non, on n'apercevait rien sur Jérémie, aucun signe. (.....)

    On allait à Jérémie comme à une source. On ne s'interrogeait pas. On n'y pensait pas. Il y avait, dans cet océan de rage et de souffrance, cette île : un homme qui ne criait pas, qui n'appelait personne à l'aide, qui avait sa suffisance.

    Un homme aussi qui ne rêvait pas : c'était plus important que tout. Nous, nous rêvions : à des femmes, à des enfants, à des maisons, souvent aux misères, aux chagrins d'autrefois que nous avions la faiblesse d'appeler Liberté. Nous n'étions pas à Buchenwald. Nous n'en voulions pas de Buchenwald. Et, à chaque retour, il était là quand même et il faisait mal.

    Jérémie n'était pas déçu, pourquoi aurait-il rêvé ? Quand nous le voyions venir avec toute sa monstrueuse sérénité, nous avions envie de crier : « Ferme les yeux ! Ce qu'on voit ici brûle ! » Mais le cri nous restait dans la gorge parce que, de toute évidence, il avait les yeux solidement posés sur toutes nos misères et ne cillait pas. Bien plus, il n'avait pas l'air d'un homme qui prend sur lui, d'un héros. Il n'avait pas peur, et, cela, aussi naturellement que, nous, nous avions peur.

    « Pour qui sait voir, c'est comme d'habitude », disait-il. D'abord, je ne comprenais pas. J'éprouvais même un sentiment tout proche de l'indignation. Quoi ! Buchenwald semblable à la vie ! Impossible. Tous ces hommes affolés, hideux, cette menace hurlante de la mort, ces ennemis partout, chez les S.S., chez les détenus eux-mêmes, ce morceau de colline dressé contre le ciel, hérissé de fumées, avec ses sept cercles, là-bas au travers des forêts, de barbelés électriques, tout cela comme d'habitude ! Je me souviens que je ne le voulais pas. Ce devait être pire, ou bien alors plus beau. Jusqu'à ce qu'enfin Jérémie me fît voir.

    Ce ne fut pas une révélation, une découverte fulgurante de la vérité. Je ne pense pas même qu'il y ait eu paroles échangées. Mais un jour il est devenu évident, sensible dans ma chair, que Jérémie, ce forgeron, m'avait prêté ses yeux, à long terme.

    Avec ces yeux-là, je voyais que Buchenwald n'était pas unique, ni même l'un des lieux privilégiés de la plus grande douleur des hommes. Je voyais aussi que notre camp n'était pas en Allemagne, comme nous le croyions, au cœur de la Thuringe, dominant la plaine d'Iéna, en cet endroit précis et non pas en un autre. Jérémie m'apprenait, avec ses yeux, que Buchenwald était en chacun de nous, cuit et recuit, entretenu sans cesse, affreusement aimé. Et que, par conséquent, nous pourrions le supprimer, si nous le désirions avec assez de force.

    « Comme d'habitude », Jérémie s'en expliquait parfois. Il avait toujours vu les hommes dans la peur et dans la plus invincible de toutes : celle qui n'a pas d'objet. Il les avait vus désirer secrètement et par-dessus tout une chose : se faire du mal à eux-mêmes. C'était toujours, c'était ici le même spectacle. Simplement, les conditions étaient enfin toutes remplies. La guerre, le nazisme, les folies politiques et nationales avaient fait un chef-d'œuvre, une maladie et misère parfaite : un camp de concentration. Pour nous, bien sûr, c'était la première fois. Jérémie n'en voulait pas de notre surprise. Il disait qu'elle n'était pas honnête et qu'elle nous faisait du mal.

    Il disait que dans la vie ordinaire, avec de bons yeux, nous aurions vu les mêmes horreurs.

    Il nous arrivait autrefois d'être heureux. Eh bien ! Les nazis nous avaient donné un terrible microscope : le camp. Ce n'était pas une raison pour cesser de vivre.

    Jérémie donnait l'exemple : il trouvait de la joie en plein bloc 57. Il en trouvait dans ces moments de la journée où nous ne trouvions que de la peur. Et il en trouvait en si grande abondance que nous la sentions, lui présent, monter en nous. Sensation inexplicable, incroyable même, là où nous étions : la joie allait nous emplir. Imaginez ce cadeau que Jérémie faisait ! On ne comprenait pas, mais on disait merci, et encore merci.

    Quelle joie ? Voici des explications, mais elles sont pauvres : la joie d'être en vie, d'être encore en vie à cet instant, l'instant d'après, chaque fois que nous y pensions. La joie d'éprouver la vie des autres, de quelques autres du moins, contre nous, dans l'ombre la nuit. Que sais-je ? La joie. Cela ne vous suffit pas ?

    Cela faisait bien mieux que nous suffire : c'était le pardon, là, tout soudain, à quelques pas de l'enfer. C'était de nouveau la possibilité de tout, la grande fortune. J'ai connu cet état par l'intermédiaire de Jérémie. D'autres l'ont connu comme moi, je le sais.

    La joie de découvrir que la joie existe, qu'elle est en nous, exactement comme la vie, sans conditions et, donc, qu'aucune condition, même la pire, ne saurait la tuer.

    Tout cela, direz-vous, venait de Jérémie parce qu'il était lucide. Je n'ai pas dit qu'il était lucide : cette qualité appartient à l'intelligence et, dans le monde de l'intelligence, Jérémie n'était pas chez lui. J'ai dit qu'il voyait. J'ai parlé de lui comme d'une prière vivante. Les subtils prétendront que la foi de Jérémie était sans nuances. Que m'importe ! Pour lui, et pour nous à travers lui, le monde était sauvé à chaque seconde. La bénédiction n'avait pas de fin. Et, quand elle cessait, c'était que nous n'en avions pas voulu, que nous avions cessé, nous et pas elle, d'être joyeux.

    Ce ne sont pas de grands mots. Et si pourtant vous avez cette impression, c'est alors que je suis maladroit. Jérémie était un homme banal. Banal et surnaturel, c'est cela.

    On pouvait très bien vivre auprès de lui pendant des semaines et ne pas le voir, parler seulement « d'un vieux bonhomme pas comme les autres ». Il n'était pas un spectacle à la façon des héros ou des camelots.

    Ce qu'il y avait de surnaturel en lui, de toute évidence cela ne lui appartenait pas, c'était fait pour être répandu. Le spectacle, s'il existait, dedans de nous. J'ai le plus clair souvenir de l'avoir trouvé. J'ai aperçu, un jour comme les autres, un petit endroit où je ne grelottais pas, où je n'avais pas honte, où les personnages de la mort n'étaient que des fantômes, où la vie ne dépendait plus ni de la présence du camp ni de son absence. Je le devais à Jérémie.

    J'ai porté cet homme dans mes souvenirs comme on porte sur soi une image, parce qu'elle a été bénite.

    Et maintenant, comment a-t-il disparu ? Je le sais à peine. Sans bruit, en tout cas, comme il était venu.

    Un jour, quelqu'un m'a dit qu'il était mort. Ce devait être quelques semaines après notre arrivée au camp.

    Là-bas, les hommes s'en allaient ainsi. On ne savait presque jamais comment. Ils partaient trop nombreux à la fois : personne n'avait ni le temps ni le goût de regarder les détails, le « comment » de la mort. Ceux qui s'en allaient, on les laissait se fondre dans la masse. Il y avait un fond solide de mort auquel nous participions tous plus ou moins, nous les vivants. La mort des autres, c'était tellement notre affaire que nous n'avions pas la force de lui faire face.

    Je n'ai pas su le « comment » du départ de Jérémie. Je me suis souvenu seulement qu'il était venu me voir, quelques jours plus tôt, et m'avait annoncé que c'était la dernière fois. Pas du tout comme on annonce un malheur, pas d'une façon solennelle. Simplement, c'était la dernière fois, et puisque c'était ainsi, il était venu me le dire.

    Je ne crois pas que j'en aie eu de la peine. Ce ne devait pas être pénible. Cela ne l'était sûrement pas, puisque c'était réel et su.

    Il avait servi. Il avait le droit de sortir de ce monde qu'il avait entièrement traversé.

    Je compte bien que des gens me disent : « Où voyez-vous du surnaturel chez votre forgeron ? Il vous adonné un exemple de sérénité, à un moment où la sérénité était très difficile. C'est bien, mais c'est tout. Cette paix de Jérémie, c'est le résultat du courage et d'un solide équilibre des nerfs, des humeurs, des échanges organiques peut-être. »

    Eh bien, non ! Nous ne serons pas quitte de Jérémie à ce prix-là.

    Ce que je nomme surnaturel chez lui, c'était la coupure qu'il avait entièrement réalisée avec les habitudes. Celles du jugement qui nous font appeler malheur ou mal toute adversité, celles de l'avidité, qui nous font haïr, réclamer vengeance, ou simplement protester — forme mineure mais incontestable de la haine — celles du vertige égocentrique, qui nous font croire que nous sommes innocents chaque fois que nous souffrons. Il avait échappé au lacis des réflexes obligatoires, et ce mouvement-là, jamais la bonne santé, ni même une santé parfaite si cela existe, ne pourra l'expliquer.

    Il avait touché au fond de lui le surnaturel ou, si le mot vous gêne, l'essentiel, ce qui ne dépend d'aucune circonstance, ce qui peut exister en tout temps et en tout lieu, dans la douleur comme dans le plaisir. Il avait rencontré la source de vie. Et, bien sûr, aussitôt il avait été inondé de transparence, de propreté. Si j'ai employé le mot « surnaturel », c'est que l'acte de Jérémie me semble être l'acte religieux même : la découverte que Dieu est là, en chacun des hommes à égalité, à chaque seconde tout entier, et qu'un retour peut être fait vers Lui.

    Cela, c'était la Bonne Nouvelle que Jérémie, à son tour, faisait entendre à sa manière qui était très humble.

    Nous gagnerions tous beaucoup à mettre la mémoire en quarantaine.

    La petite mémoire du moins, la mesquine, l'encombrante, celle qui nous fait croire à cette irréalité, à ce mythe : le Passé.

    C'est elle qui ramène soudain, et sans ombre de raison, un personnage, un lambeau d'événement et qui l'installe chez nous. L'image se jette sur l'écran de la conscience, elle gonfle, il n'y en a bientôt plus que pour elle. Voilà la circulation de l'esprit arrêtée. Le présent se disperse. Les instants qui se suivent n'ont plus même la force de nous porter. Ils n'ont plus même de goût. Bref, cette mémoire sécrète la mélancolie, le regret, la complication intime sous toutes ses formes.

    Et il y a l'autre mémoire, heureusement. C'est à elle qu'appartient pour moi Jérémie.

    Cet homme me poursuit, je l'avoue. Mais il ne me hante pas à la façon d'un souvenir. Simplement il est entré dans ma chair, il me nourrit, il travaille à me faire vivre. Je passe très peu de temps à penser à lui : c'est lui qui pense à moi, dirait-on.

    Pour vous parler de lui, j'ai dû faire allusion à Buchenwald. Mais que cela ne vous trompe pas : Jérémie n'a jamais « été à Buchenwald ». Je l'y ai rencontré en chair et en os. Il y portait un numéro matricule. D'autres que moi l'y ont connu, Mais il n'y était pas de cette façon particulière, exclusive ou bien encore individuelle que nous entendons par la phrase : « Avoir été à Buchenwald. »

    Cette aventure du camp n'était pour lui qu'une aventure : elle ne l'a pas concerné de façon fondamentale.

    Il est des hommes dont je ne me souviens qu'en laissant fonctionner en moi la « petite mémoire » : et ceux-là, si je les ai rencontrés là-bas, ils y sont restés. Jérémie, quand il me parle, ne le fait pas du fond de mon passé, mais du fond de mon présent, là, juste au centre. Je ne peux pas le contourner.

    Ils sont tous ainsi les hommes qui nous ont appris quelque chose. Car ce quelque chose, cette connaissance, ce surcroît de présence à la vie, ils nous l'ont donné seulement parce qu'ils savaient clairement qu'ils n'en étaient pas les propriétaires. Imaginons Jérémie heureux, comme il arrive à certains hommes de l'être : pour des raisons personnelles, à la suite d'une histoire différente de celle des autres, précieuse et subtile. Croyez-vous qu'il serait encore là dans ma vie ? Il aurait rejoint les personnages pittoresques, les figures de passage. Mais Jérémie n'était pas heureux : il était joyeux. Le bien dont il jouissait n'était pas à lui. Ou plutôt si, mais par participation. Il était aussi bien à nous.

    C'est tout le mystère et toute la puissance des êtres qui servent autre chose que leur personnage provisoire : on ne peut pas les éviter.

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    (Texte tiré du livre de Jacques Lusseyran, Le Monde commence aujourd’hui, Éditons La Table Ronde, Paris, 1959. Livre épuisé.

    Sur l'auteur: Jacques Lusseyran a grandi à Paris et est devenu complètement aveugle à l'âge de huit ans. À la tête d'un important réseau de résistants, il fut arrêté par la Gestapo et interné au camp de Buchenwald de janvier 1944 à avril 1945. Sa vie fut empreinte de la conviction profonde que toute expérience est une occasion et que la joie et la tranquillité sont sans cesse disponibles en nous immédiatement et en abondance.

    Trouvé sur le blog de Daniel Maurin (référence: http://vivrelibre.free.fr/textes/portrait.html)

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